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LES PALACES ET L’HÔTELLERIE DE LUXE, UNE HISTOIRE

Remontant à l’antiquité, la notion d’hospitalité a de tous temps fait l’objet d’une attention particulière de la part des hommes. Qu’il s’agisse des premières tavernes qui offraient également un couchage, aux auberges du Moyen Âge et relais de poste qui offraient gîte et couvert aux hommes tant qu’à leur monture, l’hospitalité a toujours fait partie de l’histoire de nos civilisations. Deux courants se sont d’ailleurs dessinés : l’hospitalité gratuite, issue de la tradition d’accueil et de convivialité de l’étranger instituée par le clergé, et l’hospitalité tarifée liée directement au commerce. Le premier courant disparut peu à peu avec le développement des routes commerciales et des transports de voyageurs vers le la fin du 17ème siècle. Le deuxième, qui se développa déjà durant l’antiquité avec le développement des voies carrossables par les romains notamment, se renforça pour devenir prépondérant durant la Renaissance.

Un hôtel, dès le 11ème siècle, c’est une maison, une auberge, en français populaire. Des hospitalia sont des chambres d’hôtes et un hôte est la personne qui reçoit un étranger, ou qui est reçu par lui. Les concepts d’hôtelier et d’hôtellerie existent depuis le 12ème siècle par le biais des monastères qui offraient gîte et couvert aux voyageurs. Le terme hôtel - forme abrégée d’hôtellerie - a tout à voir avec hôpital, un lieu où l’on accueille des malades, hospice, un hébergement des hôtes puis des indigents, et otage, une personne que l’on garde chez soi. À l’origine, l’auberge se distingue de l’hôtel. L’auberge donne surtout le vivre tandis que l’hôtel, maison meublée dotée des commodités du service, permet de manger mais aussi de dormir. C’est seulement au 17ème siècle que le mot « hôtel », du latin hospitales (chambre pour les hôtes), s’imposera face au mot « auberge ». Avec la naissance des grands hôtels, les auberges perdent la domination du marché de l'hébergement dans les villes.

La fin du 18ème siècle est liée, par ailleurs, à la découverte des littoraux et à la naissance des premières stations balnéaires où l'on implante, sur le modèle urbain, les grands hôtels puis, durant le 19ème siècle, les « palaces » ou « palais » en français. C’est ainsi qu’au début du 19ème siècle, la profession d’hôtelier s’établie vraiment telle que nous la connaissons aujourd’hui. Suite à l’industrialisation de 1830, les anglais notamment commencèrent à propager un style de vie lié à leur réussite. Par leur soif de découvertes des autres régions d’Europe puis du monde, ils répandirent le style d’établissement qu’ils avaient d’abord créés chez eux. En effet, les premiers palaces furent créés à Londres et servirent de modèles aux hôteliers du reste du monde. La Suisse puis la France suivirent cet engouement d’établissements fastueux destinés à recevoir une clientèle fortunée, puis ce fut le reste du monde progressivement durant le 19ème et le 20ème.

Comme vous le découvrirez dans cet ouvrage, le premier établissement de types « palaces » à s’ouvrir sur le continent fut « l’Hôtel des Bergues » à Genève en Suisse en 1834 sur les bords du Lac Léman. Le premier français, « Le Meurice », ouvrant une année plus tard en 1835 à Paris. Puis ce fut le tour des côtes Basques et d’Azur et des montagnes helvétiques d’accueillir ces riches voyageurs au sein d’établissements hôteliers de grand luxe, tels que l’hôtel du Palais à Biarritz, ancien palais de l’Empereur Napoléon III ou le Badrutt’s Palace de Saint-Moritz.

Le modèle des palaces a pris forme, peu à peu, sous l’impulsion d’entrepreneurs audacieux comme Henri Germain, fondateur du Crédit Lyonnais, le suisse Alexandre Seiler, ou encore d’architectes de talent comme Dalmas ou Biasini et d’hôteliers visionnaires tels que Peter Ober et plus tard le suisse César Ritz. Toutes les capitales eurent bientôt leurs palaces. Il est probable que les hôteliers des différentes destinations touristiques se sont influencés les uns les autres pour faire progresser l’hôtellerie et particulièrement l’hôtellerie de luxe, car le style architecturale et les structurations du personnel de ces grandes maisons furent rapidement uniformisés. Avec le développement du tourisme international, le concept de palace s’est exporté. On a vu se construire et fonctionner des palaces en Egypte et au Moyen Orient, il en fut de même en Afrique, en Amérique du nord et du sud, etc.

Ces grandes maisons subirent cependant la période d’avènement du tourisme de masse qui démarra à la fin des années 50 et le faste des périodes d’avant la première guerre mondiale et de l’entre-deux-guerres disparurent. L’insouciance d’avant-guerre et la période des années « folles » qui autorisaient tous les fastes ou toutes les folies possibles fut remplacée par des masses de touristes moins argentés qui, par leur nombre, firent exploser les services hôteliers de tous horizons, mais populaire… L’ère des palaces allait-elle disparaître ? Ce fut presque le cas. Mais c’était sans compter les nouvelles classes aisées qui émergèrent de l’après-guerre et leur désir de luxe et de services.

Ces nouveaux riches - artistes de cinéma, du show-biz, des affaires ou de la finance -, voulant profiter autant que leurs ainés des services modernisés des grands établissements restants, permirent à une industrie devenue populaire, de reprendre goût au luxe et à la qualité de services que notre guilde défend depuis bientôt quinze années. La nature élitiste de l’homme reprit le dessus. Le luxe s’est alors progressivement introduit dans toutes les formes de l’hôtellerie. Que ce soit, selon l’expression américaine, des « boutiques hôtels », des bâtiments anciens rénovés du type « Relais & Châteaux », de grands hôtels d’affaires, des « resorts » de vacances ou des « palaces » traditionnels, on ne jure que par l’excellence des services, le raffinement de la décoration ou par la « qualité du cher ». Cette tendance, qui s’est encore accentuée ces dernières décennies avec l’arrivée des nouvelles technologies, fait aujourd’hui place belle à des établissements historiques ou récents mais aux concepts révolutionnaires, mêlant avec efficacité un ensemble de services que nos ainés n’auraient osé imaginer.

La principale motivation du tourisme est le rêve. Le touriste parcourt le monde pour vivre plusieurs vies : il est chasseur au Kenya, archéologue en Egypte, « tycoon » à Wall Street à New-York. Les grandes chaines hôtelières possédant des hôtels sur tout le globe l’ont bien compris et développent toutes des classes d’établissements haut de gamme dédiées à ce type de clients. Le palace fait de lui un seigneur, c’est pour cela qu’il est et restera indispensable.

 

Pierre-André Dumont de Cuisery

Directeur de la publication

Page de couverture du n°16

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